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Attentats à Paris : la lettre ouverte d’un papa à ses enfants

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Gaspard, Jeanne et Marceau,

Je vous regarde depuis quatre jours, vous observe, mais suis incapable de vous parler, de vous expliquer ce qu’il s’est passé. J’aimerais vous préserver. C’est très dur.

Papa est triste. Depuis plusieurs jours maintenant, votre papa pleure. Il pleure beaucoup. Des hommes ont tué d’autres hommes d’une manière terrifiante. Là, en bas de notre maison. La Belle Equipe. J’en ai été le témoin malgré moi. C’était effroyable. Le bruit des balles vous a réveillé, vous a angoissé, il résonne encore. Nous n’arrivons toujours pas à comprendre, à admettre tant de violence. Les évènements de vendredi soir nous mettent en colère. Une colère sombre.

Nous en sommes tous les victimes.

Gaspard, Jeanne et Marceau, le quartier où vous avez grandi, le 11ème arrondissement de Paris, est aujourd’hui meurtri. Profondément meurtri. Il s’agit pourtant d’un endroit où habituellement, vos rires résonnent et vos sourires illuminent quotidiennement la rue de Charonne, la rue Faidherbe, le square Saint Bernard. Avec votre maman, nous avons décidé de vivre ici car il s’agit d’un lieu d’insouciance, d’irrévérence, d’idées, de fêtes, de tolérance, où un grand nombre de communautés différentes vivent ensemble, partagent les mêmes lieux de vie, se côtoient en paix, avec envie. Ce quartier nous a permis de vous enseigner la curiosité, l’ouverture aux autres, le bien-être, de vous faire découvrir les autres cultures, de vous faire goûter à la liberté.

Comment ne pas avoir peur de vivre ici désormais ? C’est impossible. J’ai peur, votre maman a peur. Nous avons peur à chaque instant. Devons-nous partir, renoncer à nos idéaux, nos convictions, nous méfier des autres pour vous protéger ? Je n’en sais rien. Je n’ai plus les réponses. Après Charlie Hebdo, nous avions manifesté tous ensemble le dimanche 11 janvier, vous scandiez « Charlie » dans la rue, devant la Belle Equipe, puis boulevard Voltaire. Marceau était là également, dans le ventre de votre maman. Nous avions beaucoup échangé sur la liberté d’expression, nous avions brandi des crayons en guise de réponse aux armes. Votre papa avait eu aussi de vifs échanges avec ses amis, parfois tendus, sur les conséquences et les réponses à apporter aux idéaux totalitaires et liberticides, sur les contours de la liberté.

Tout ceci paraît tellement futile et dérisoire aujourd’hui. Une impression d’être passé à côté. Nous sommes désormais directement visés, attaqués. Ce n’est plus une cause ou une fonction qui est visée. C’est nous, vous, parisiens. Habitants de ces quartiers que l’on dit progressistes. Ambassadeurs à leurs heures perdues de ce mode vie que nous aimons par dessus tout. Ces terrasses bondées tous les soirs, ces apéros qui s’éternisent, ces rires.

Mais non Gaspard, Jeanne et Marceau, tout ceci n’était et ne sera jamais dérisoire. N’oubliez jamais ces valeurs, ces idées qui forment le socle de notre vie, de notre vivre ensemble, expression malheureusement dévoyée par nos politiques. Soyez en fiers, il vous appartiendra à vous de transmettre ces valeurs dans quelques années, de diffuser ces idées au plus grand nombre, de cultiver la tolérance et d’encourager l’amour. Il ne faudra jamais renoncer. L’éducation est la seule réponse. L’instruction notre seule arme.

Votre papa, Antoine       (Article RTL -Antoine De Padoue)


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